Janin Pierre, Fofiri Nzossie E.J., Diakite M., Thoreux M.S., Sacko M., Koffi Kouame C., Raquel Oliveira S. (2025). Insécurité alimentaire au Sahel central : gouverner les crises alimentaires au Sahel central : gérer les risques ou renforcer les acteurs ? Production PASAS.
Paris : AFD, 126 p. multigr.
Auteurs
Janin Pierre, Fofiri Nzossie E.J., Diakite M., Thoreux M.S., Sacko M., Koffi Kouame C., Raquel Oliveira S.
L'étude « Insécurité au Sahel central » a une double ambition : 1/ dresser un bilan des politiques
publiques nationales de lutte contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle et reconstituer les
évolutions des dispositifs de gestion de crise : 2/ caractériser les situations nationales de vulné-
rabilité à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle et les expressions différenciées des crises ali-
mentaires et nutritionnelles traversées depuis 2004.
L'étude revendique une approche résolument constructive et critique en lieu et place d'une
lecture linéaire, descriptive, voire compilatrice, des actions opérationnelles. Ceci conduit à
prendre de la distance avec les analyses causales simplifiées des crises et les lectures géné-
riques. Ceci suppose, en retour, d'insister sur leur spécificité et d'apprécier la part importante
des contextes pour tenter de mieux caler les réponses.
L'étude considère également la forte charge politique de la question alimentaire (au sens
large), a fortiori des crises, au-delà des dispositifs de diagnostic, d'alerte et de mesure hiérar-
chique et harmonisée des crises (Cadre harmonisé et échelle IFSPC). Cette politisation crois-
sante s'inscrit dans une tendance de fond : née du partage contradictoire d'information, ren-
forcée par la médiatisation des engagements et des responsabilités des acteurs impliqués,
accélérée par des régimes militaires de gouvernement de rupture. Elle est confirmée par la
forte centralisation des dispositifs de gestion des crises en interface stratégique avec l'en-
semble des partenaires techniques et financiers.
Il est, dès lors, logique que l'étude mette la notion de gouvernance des risques et des crises en
avant en lieu et place de leur simple gestion paramétrique.
Le rapport a été construit de manière scandée : 1/ un préambule sur la situation prévalant au
Sahel central du point de vue de l'objet « risque/crise » ; 2/ un cadrage dense sur la nature
d'une crise alimentaire introduisant une typologie originale pour comprendre les new variant
crisis ; 3/ une mise en perspective de certains facteurs (structurels et conjoncturels) de vulné-
rabilité à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle ; 4/ une caractérisation, pour chaque pays
étudié, de quatre épisodes de crises majeures (2004-2005, 2007-2008, 2011-2012 et 2020-2022) ;
5/ une analyse des dispositifs de lutte, plus ou moins fonctionnels, à chaque période avec une
appréciation des efforts visant à les reconfigurer ; 6/ des pistes pour une analyse située des
crises futures, mettant au coeur des enjeux la question des savoirs pour l'action et des dyna-
miques d'acteurs/d'institutions, afin de construire des politiques sur la base, de compromis né-
gociés et d'arrangements non-routiniers. Plusieurs types de sources d'information ont été mobilisées
: 1/ d'abord des articles scientifiques permettant d'adosser les réflexions au domaine thématique ; 2/ des rapports techniques issus
d'institutions étatiques, paraétatiques et humanitaires directement impliquées dans la préven-
tion et la gestion des crises ; 3/ des données brutes, issues de bases de données stabilisées
internationales, permettant de construire des séries longitudinales de données ; 4/ enfin, des
savoirs expérientiels accumulés par les expert.e.s mobilisé.e.s dans chaque pays concerné.
Le bilan des politiques publiques de lutte contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle est dé-
licat à dresser compte-tenu de l'ampleur des faits à compiler, du volume de documents re-
dondants à dépouiller, comme de la brièveté allouée à l'étude (septembre-décembre 2024).
Néanmoins, on peut noter la volonté affichée des institutions impliquées à rechercher une meil-
leure efficacité et efficience opérationnelle. En dépit de facteurs importants de vulnérabilité à
l'insécurité alimentaire et nutritionnelle et de certains dysfonctionnements institutionnels,
chaque pays partage une ambition à visée performative.