Mouquet Rivier Claire. (2025). Consommer plus de légumineuses : une composante essentielle des régimes alimentaires sains et durables. Innovations Agronomiques, 99, 76-87. ISSN 1958-5853.
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Consommer plus de légumineuses : une composante essentielle des régimes alimentaires sains et durables
L'évolution des modes de production et de consommation des aliments dans nos sociétés implique des transitions alimentaires et nutritionnelles. Les conséquences de ces évolutions peuvent être délétères si
l'on ne prend pas de mesure pour résolument orienter favorablement ces transitions. Consommer des légumineuses régulièrement est une composante quasi-incontournable des régimes alimentaires sains
et durables. Le régime alimentaire de référence proposé en 2019 par la commission du EAT-Lancet inclut ainsi la consommation de 100 g équivalent graines de légumineuses/personne/jour. Cependant, la
consommation des légumineuses dans le monde a diminué de manière continue au cours du 20ième siècle, en particulier dans les pays industrialisés et nous sommes loin d'atteindre ces niveaux de consommation
dans la plupart des régions du monde. L'Afrique fait partie des régions les plus grosses consommatrices (25g/personne/jour), mais il existe des disparités importantes d'un pays à l'autre. La région Europe est
très faiblement consommatrice avec en moyenne 8g/personne/jour. Les bénéfices nutrition-santé liés à la consommation de légumineuses vont bien au-delà de leur seul apport en protéines végétales dont l'intérêt est plutôt environnemental, par substitution à des protéines
animales. Les légumineuses sont également une source remarquable de fibres et de glucides à faible index glycémique, jouant un rôle dans la satiété, aidant à prévenir surpoids et obésité et contiennent de
nombreux composés bioactifs dont le rôle dans la prévention des maladies chroniques liées à l'alimentation est reconnu. Et elles contiennent certains micronutriments en quantités appréciables,
particulièrement la vitamine B9 et le magnésium ou le zinc. Alors pourquoi cette consommation notoirement insuffisante ? Les freins à la consommation les plus souvent rapportés sont, suivant les contextes : (i) leur faible appétibilité, (ii) la pénibilité de leur
préparation, (ii) la survenue de troubles digestifs après consommation, et (iv) leur faible disponibilité/prix élevé et (v) leur image peu flatteuse de 'viande du pauvre'. Plusieurs pistes pourraient être explorées pour surmonter ces freins :
Favoriser la diversité à tous les niveaux : espèce, variété, forme de consommation. Au Bénin, une association positive entre diversité des formes de consommation et quantité de niébé consommée a ainsi
été démontrée ; Proposer des produits manufacturés intermédiaires pour faciliter leur préparation ; Réduire les teneurs en facteurs à activités antinutritionnelles par la sélection variétale ou la mise en oeuvre
de procédés biologiques ; Sans oublier de mettre en oeuvre des activités de sensibilisation et de marketing afin d'améliorer l'image des légumineuses.